L’actualité continue de se serrer la ceinture en ce qui concerne le papier disponible pour l’impression des cahiers littéraires mais ces derniers poursuivent néanmoins leur recension des sorties d’éditeurs. Espérant ainsi peut-être marquer durablement, jusqu’à la reprise de l’activité de librairie la mémoire des lecteurs en mal de nouveautés.

Les Unes

C’est Nicole Vulser, journaliste économique qui ouvre le MDL d’aujourd’hui, un indice sur la dureté des temps.

Librairies qui se débattent dans les questions logistiques, auteurs encore plus fragilisés qu’avant, les problèmes liés au commerce du livre n’annoncent pas un sursaut du marché. Industrie moins rentable que la vente de fleurs et profession coincée entre chômage partiel et nécessité d’écouler les stocks, les libraires ont du mal à imaginer un modèle de sortie de crise.

D’autant plus que… leur clientèle ne fait pas partie des franges les moins touchées de la population du point de vue de son âge, pourrait-on dire par euphémisme. L’année littéraire n’est cependant pas terminée : « Pour attirer le public, tous misent sur des « locomotives » comme Jean Christophe Rufin et John le Carré, en mai, ou Elena Ferrante, en juin, et sur la kyrielle d’essais consacrés à la pandémie déjà annoncés. » On verra bien.

D’une Italienne à l’autre Cristina Comencini livre un roman sur la séparation avec Quatre amours. Arithmétiquement parlant deux fois deux couples se séparent.

Le titre français se révèle plus limité que l’italien Da Soli. Francine de Martinoir le souligne « Ils savent, dans leur couple brisé, revoir l’autre, discuter, analyser situations et sentiments. Et pourtant ils sont seuls… » Les personnages ne sont pas jeunes, ne risquent rien d’un point de vue économique ou social, leur vie est faite, du moins le croient-ils. En définitive souligne la critique pour La Croix, la solitude si elle semble devoir ouvrir de nouveaux espaces à la vie, lie en réalité l’individu à d’autres liens. (Stock)

L’Humanité est du côté de l’actualité avec le nouveau livre de Boualem Sansal. Il faut dire que l’auteur de 2084, la fin du monde a de quoi séduire en ces temps troublés.

Ce n’est pas sur ce terrain de prophète de la pandémie qu’il se place pour autant, ou du moins pas sur celui de la dystopie : « je m’étais inscrit dans cette démarche : raconter les grandes pandémies qui, périodiquement, frappent l’humanité et la mènent sur la voie de la soumission et de l’extinction. » Dans son entretien avec Muriel Steinmetz il insiste sur le fait qu’il mène une réflexion parallèle à l’actualité mais qui est forcée de la rejoindre eu égard à la direction de développement que nous adoptons. « Trois fléaux nous dit le titre, le Covid-19, le pouvoir, l’islamisme ».

La une de LibéL ce jeudi pour Michael Palin, l’un des membres des Monty-Python qui fut aussi documentariste pour la BBC.

Il vient de rédiger un livre-enquête sur la disparition de l’Erebus, navire au service de sa majesté, disparu en Arctique après avoir exploré également les terres australes.

Frédérique Roussel y insiste « Ce qui frappe dans la reconstitution de Palin, qui s’est rendu lui-même sur des lieux qui ont vu passer ces explorateurs, c’est son soin à dépeindre l’étoffe de ces illustres navigateurs. » Navire conçu pour la guerre mais assigné à des tâches d’exploration, disparu puis brusquement ressurgi des glaces, c’est un peu la Méduse anglaise, notamment pour ce qui est de la fin désastreuse de son équipage, cannibale sans survivants.

Dans le pêle-mêle

Maman est morte, encore une fois a-t-on envie de dire. Valérian Guillaume est dans La Croix et l’Huma avec son roman de centre commercial, dans lequel un homme erre qui vit seul avec les cendres de sa mère.

Une phrase, pas de point ni de virgule, pour parcourir le livre. « C’est avec des mots d’une surprenante poésie qu’il raconte ces journées tristement étrécies mais qu’il parvient à transformer en un exaltant voyage au pays de la consommation » nous dit Laurence Péan de La croix. Venant du théâtre l’auteur séduit par ses écrits sensibles.»

L’exil au trésor nous titre Frédérique Roussel dans la tradition LibéL à propos du livre de Dany Laferrière, décidément les cahiers dessinés de cet auteur riche en surprises mais toujours juste sur le ton explorent une veine du récit qui séduit aussi bien les amateurs de littérature que d’images ou d’une certaine forme de poésie de l’illustration.

Salué un peu partout dans la presse, Laferrière avoue de lui-même s’être mis à ce nouveau style de littérature parce qu’il avait épuisé les ressources de son écriture ; drôle d’académicien.

Portraits

Bien qu’un peu en retrait dans la presse les portraits d’écrivains nous valent encore des surprises comme cette rencontre de Claire Devarrieux pour le LibéL du Samedi 18/04 avec une écrivaine et son personnage.

Soit d’un côté Anne Weber (1964), d’origine allemande mais qui écrit les deux versions de ses ouvrages (allemand/français) et, de l’autre Anne de Beaumanoir (1923), son personnage (Annette une épopée, Seuil). « Je me suis souvenue de cette très vieille forme littéraire qu’est l’épopée. C’est le genre qui a toujours servi à raconter les prouesses des héros. » dit l’auteur ; dans la vie de son personnage il y a de quoi faire : Anne de Beaumanoir a fait de la résistance, s’est trouvée en butte au dogmatisme communiste de l’immédiate après-guerre, s’est engagée aux côtés des porteurs de valises de la guerre d’Algérie, ce qui a contraint sa biographe à quelques recherches d’archives.

Le lien entre la France occupée et occupante est l’un des axes de ce livre comme le souligne Claire Devarrieux. Un point de vue assez original.