Revue de presse du 10 au 16 janvier 2026
Tableau des parutions en fin de chronique
par Frédéric Palierne
dessins Jean-Marc Vulbeau
mise en ligne Jacques Chaumet
Cette semaine, malgré la permanence des noms liés à la rentrée, le Figaro littéraire nous distrait de l’actualité en fêtant ses deux siècles d’existence à grand renfort d’auteurs disparus. Tandis que de nouveaux noms émergent, connus par ailleurs comme Bartabas, ou des talents prometteurs à l’image de Victor Malzac.
Les Unes
Le Figaro littéraire fête ses 200 ans à l’instar du Figaro tout court en rappelant la place réservée aux écrivains par le journal. Lui qui, nous dit Bruno Corty « a mis le pied à l’étrier d’une certaine George Sand » et qui accueillit, dans les années 1830 « les signatures des maîtres, Nerval, Balzac, Théophile Gautier. » Pour ce numéro spécial, 10 écrivains dont les articles, partiellement reproduits, sont à l’honneur : Virginia Woolf sur la difficulté d’écrire en une langue qui n’est pas la sienne, Baldwin qui explique pourquoi il ne déteste plus Shakespeare et même un texte fondamental de Perec, au titre d’ailleurs tout perecquien « Notes sur ce que je cherche ». Irène Némirovsky évoque la révolution russe vue par une petite fille : « Comment la vie a-t-elle cessé tout à coup d’être quotidienne ? Quand la politique, désertant les journaux, s’est-elle installée dans notre existence ? » Mais il y a aussi des sujets plus légers : une critique de théâtre signée Sagan, le début d’un roman de Marcel Pagnol, « les fêtes oubliées » par Marguerite Yourcenar ou encore Hemingway qui découvre la brousse africaine, Ernst Jünger la Côte d’Azur ou Steinbeck le Paris des piétons. Une vraie recherche d’archives pour un dossier intéressant.
Antoine Compagnon se place à la croisée de l’Histoire et de la littérature avec un livre consacré à l’année 1966, « année mirifique », dont il souligne sans cesse l’importance tout en lui déniant ce fameux caractère mirifique lors d’un entretien avec Frédérique Roussel en une du LibéS. S’il voit la permanence d’un certain nombre de grands écrivains et cinéastes de l’époque (Mauriac, Godard), il en signale cependant les faiblesses, notamment dans le recrutement d’une trop grande masse d’étudiants, reprenant à son compte la formule de De Gaulle : « On va dépenser une masse de crédits pour absorber une masse de crétins. » Il souligne également la transformation de Marcel Proust (l’écrivain) en Proust (le produit). Bref, une démarche d’historien-romancier.
Bartabas ouvre quant à lui Livres & Idées avec un roman « époustouflant » pour Christophe Henning. On ne s’étonnera pas d’y trouver des saltimbanques, un âne funambule, une petite fille orpheline au destin de roman-feuilleton. Le quartier des Halles participe également à l’intrigue, abandonné et squatté comme on dit aujourd’hui : « Ils ont disparu ces bonimenteurs équilibristes, saltimbanques et musiciens d’opérette », nous dit le critique, mais Bartabas les restitue, et de conclure, enthousiaste, « entrez dans la danse. »
Blanqui, dit « L’Enfermé » eu égard au nombre d’années passées en prison, n’avait quant à lui pas prévu de devenir le héros d’un essai consacré à… l’astronomie. Et pourtant Léa Bismuth, dans le LibéJ montre comment il s’évadait en regardant les étoiles jusqu‘à rédiger L’Éternité par les astres en 1872. Ce texte eut un grand retentissement à l’époque et trouve des échos aujourd’hui chez les astrophysiciens contemporains : « Le traité du vieux communard s’impose alors comme un système métaphysique où tout ce qui est possible existe, où se déploient des univers démultipliés, des temporalités parallèles, un multivers, argument spéculatif aux limites de la science. » L’espace deviendrait alors pour l’autrice le lieu de tous les possibles, de toutes les évasions possibles, mêlant écologie et cosmos. Il fallait y penser.
La Une du Rendez-Vous des livres nous ramène sur terre avec Maryline Desbiolles qui poursuit, de semaine en semaine, le récit de sa création dans un entretien accordé à Muriel Steinmetz. On le sait déjà, elle a trouvé ses héroïnes par petites annonces avec la complicité de son éditrice Sabine Wespieser. Elles se prénomment toutes Rose et ont pris contact avec l’autrice afin de raconter leur existence souvent difficile. Ça tombe bien : « J’ai une tendresse particulière pour les êtres – hommes ou femmes – que la souffrance a mis en marge » et de surcroît, elle parvient à les relier entre elles : « le magique fait partie du réel comme les coïncidences et les impressions de déjà-vu. Ces Rose ont beau être singulières, elles finissent par former un chœur de femmes qui parlent avec précision de ce qui leur arrive. »
Jean Birnbaum s’engage en une du Monde des Livres : « À mes yeux, Victor Malzac porte l’élan vital de toute une génération. » Auteur de deux romans poétiques, ce dernier se confie, dit trop écrire mais sans doute par peur de la mort : « Pour moi, c’est plus simple. J’ai hyper peur de mourir, tout le temps, alors je prends mes précautions : si je meurs demain, mes manuscrits sont propres et disponibles. » Ses qualités, J. Birnbaum les définit ainsi : « Victor Malzac impressionne moins par son sujet que par son flow, son dingue sens du rythme, sa manière de remettre le langage en mouvement. » Et de le citer : « NE SOIS PAS UN CLOCHARD, SUPER PLAYSTATION 64, XPZ 3000, ULTRA 720 INFINITE, PORNO, PORNO, KFZ, SUPER KFZ POULET. » Bien, mais le sujet « hilarant » de Le Monstre mur ? : « La parole d’un être qui passe une vie entière dans une chambre d’hôpital, au 323e étage sans ascenseur, corseté par toutes sortes de contraintes, les sangles du lit, « les agents du grand complot », les attouchements sans consentement (…) » J. Birnbaum l’assure : « Il laissera une trace dans l’histoire de la langue française, j’en mettrais ma main à couper… » Enregistré.
Dans le Pêle-mêle
C’est aussi la rentrée de Delphine de Vigan, dans le MDL et dans le Figlitt. Pas de unes, mais à chaque fois une page complète – Mots de passe et En vue – et cela semble réussi. Mohammed Aïssaoui dans le Figlitt tranche : « L’idée est aussi simple que géniale (…) D’une certaine manière, Je suis Romane Monnier dit que l’on peut raconter une existence, une vie intime, des sentiments, décrypter un caractère, brosser un portrait à partir d’un simple roman. » L’autrice assume son sujet, en souligne les points communs avec le reste de son œuvre, entre réel et fiction, entre documentation solide et création. Raphaëlle Leyris nous livre le cœur de l’intrigue : « Qui est Romane Monnier ? Une jeune femme pas encore âgée de 30 ans qui, un soir, dans un café, a subrepticement et intentionnellement laissé son smartphone à un inconnu et lui a livré ses codes. » Après Mon vrai nom est Élisabeth, d’Adèle Yon, voici Je suis Romane.
La rentrée semble s’épuiser un peu, nous verrons la semaine prochaine si cela ménage un peu de place pour de nouveaux auteurs.
Index des articles parus dans la presse de cette semaine (cliquer pour télécharger)